40 % des TPE-PME utilisent l'IA. Par quel bout la prendre ?
Quatre TPE-PME sur dix utilisent l'IA, surtout pour écrire. Une sur dix automatise une tâche. Ce que le baromètre France Num 2026 dit du bon point de départ.

Le mois dernier, en soirée réseau, on m’a dit : « ma direction veut se mettre à l’IA, mais on ne sait pas par quel bout la prendre ».
J’ai d’abord pris la phrase pour un cas particulier. Puis le baromètre France Num 2026 est sorti, et il raconte la même histoire à l’échelle de plus de 9 000 entreprises.
Ce que dit le baromètre
France Num est l’initiative de la Direction générale des Entreprises pour la transformation numérique des TPE et PME. Son baromètre annuel, publié le 28 septembre 2026, donne un chiffre qui a fait les titres : 40 % des TPE-PME utilisent désormais une solution d’intelligence artificielle. C’est 14 points de plus en un an. Chez les PME, on monte à 53 %.
Le chiffre le plus instructif est juste en dessous. Voici ce que ces entreprises font de l’IA :
| Usage déclaré | Part des TPE-PME | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Générer du texte, de la voix ou des images | 34 % | +12 points |
| Chatbots, assistants, recherche d’informations | 24 % | +10 points |
| Analyser ou classifier des documents | 13 % | +7 points |
| Automatiser des tâches | 11 % | +6 points |
Trois fois plus d’entreprises écrivent avec l’IA qu’elles n’automatisent une tâche avec elle.
Deux autres chiffres complètent le tableau. Seules 19 % des TPE-PME paient une solution d’IA (32 % chez les PME). Et quand on demande aux dirigeants leurs projets numériques pour 2026-2027, l’IA n’est citée que par 18 % d’entre eux, loin derrière la facturation électronique (39 %).
On écrit plus vite, le travail se fait pareil
Je ne lis pas ces chiffres comme un échec. Parmi les entreprises utilisatrices, 68 % jugent l’impact de l’IA positif sur leur activité. Rédiger un mail plus vite, résumer un document, préparer une réponse à un appel d’offres : le gain est réel pour la personne qui s’en sert.
Mais regardez à quel niveau il se situe. Un texte produit plus vite, c’est du temps gagné sur une tâche individuelle. Le devis part toujours après trois allers-retours. La commande est toujours ressaisie dans deux logiciels. Le dossier attend toujours la même validation. Le process, lui, n’a pas bougé.
C’est ce que j’avais observé avec Copilot déployé sans effet sur les comptes : on raccourcit le temps travaillé sur une étape, alors que le délai vient du temps d’attente entre les étapes.
D’où la position que je défends : une entreprise où chacun utilise ChatGPT dans son coin n’a pas commencé sa transformation IA. Elle a équipé des individus. C’est utile, ce n’est pas la même chose.
Le baromètre le montre à sa façon. L’usage a bondi, mais l’IA reste un projet pour moins d’un dirigeant sur cinq. On utilise sans avoir décidé quoi en faire. C’est exactement la phrase entendue ce soir-là.
Par quel bout la prendre
La question « par quel bout » suppose en général qu’on cherche le bon outil. Copilot ou ChatGPT ? Un agent ? Une plateforme d’automatisation ? Tant qu’on la pose ainsi, on n’a pas de réponse, parce que l’outil dépend de ce qu’on veut lui faire faire.
Le bon bout, c’est le process qui vous coûte le plus cher aujourd’hui. Pour le trouver, trois questions suffisent à ouvrir la discussion :
- Où ressaisit-on la même information deux fois ? Chaque ressaisie est un délai et une source d’erreur.
- Où attend-on quelqu’un ? Une validation, une signature, une réponse : c’est là que se loge le délai.
- Qu’est-ce qui dépend d’une seule personne ? Ce qui s’arrête quand elle est en congé est un bon candidat.
La méthode que j’applique tient en trois temps : cartographier, prioriser, puis automatiser. On décrit d’abord le process tel qu’il se déroule vraiment, étape par étape. On chiffre ensuite ce que coûte chaque irritant, pour ne traiter que ceux qui le méritent. On automatise en dernier, et pas forcément avec de l’IA : une partie des irritants se règle par un formulaire, un flux entre deux logiciels ou la suppression d’une étape que plus personne ne sait justifier.
C’est le même ordre que dans faire le process à la main avant de l’automatiser, et c’est ce qui fait passer l’IA d’une dépense à un investissement : un abonnement se justifie par l’usage, un projet se justifie par ce qu’il déplace dans les comptes.
Moralité
Le baromètre décrit des entreprises qui ont adopté l’IA par l’outil, parce que l’outil était là, gratuit et immédiat. C’est une bonne entrée en matière. Ce n’est pas un point de départ.
On ne commence pas par l’IA. On commence par ce qui coince.
Sources et références
- Baromètre France Num 2026 : quatre TPE PME sur dix utilisent désormais l'intelligence artificielle (communiqué du 28 septembre 2026) Ministère de l'Économie, Direction générale des Entreprises